Les Lais de Marie de France sont des légendes bretonnes écrites en vers. Il s’agit de douze contes merveilleux assez courts qui parlent de chevaliers et de nobles dames et plus d’amour que de guerre. Une de ces histoires a le titre de Bisclavret, le nom breton d’un homme qui devient loup-garou.
Lisez l’extrait suivant du lai du Bisclavaret de Marie de France et répondez les questions:
Puisque je m'occupe à traduire des Lais, je ne veux pas oublier celui du Bisclavaret, ainsi nommé par les Bretons, et que les Normands appellent Garwal. Il est très-certain et cela arrivoit souvent dans les temps anciens, que les hommes étoient transformés en loups-garous. C'est une bête farouche, qui habite les forêts; sa rage est si grande que dans sa férocité, cette bêle dévore les humains et cause les plus grands ravages : Mais laissons cela, et veuillez écouter le Bisclavaret, que je desire vous raconter.
Parmi les seigneurs de la Bretagne, il en étoit un qui méritoit les plus grands éloges ; brave chevalier, il vivoit d'autant plus noblement qu'il étoit le favori du prince, aussi étoit il chéri de tous ses voisins. Il avoit épousé une demoiselle de bonne famille, qu'il aimoit tendrement, et dont il étoit tendrement aimé. Néanmoins une chose afféctoit la dame. Toutes les semaines son mari s'absentoit pendant trois jours entiers, et ni elle ni personne ne savoit où il alloit, ni ce qu'il devenoit pendant ce temps.
Notre chevalier rentre un jour chez lui fort gai et fort joyeux ; après les premières caresses, sa dame prenant la parole, lui parle en ces termes : [...] Eh bien , sire , me voilà rassurée, mais vous ne pouvez vous faire une idée de l'inquiétude que j'éprouve les jours que vous vous éloignez de moi. Le matin je me lève, le soir je me couche avec la crainte de vous perdre , et si vous ne calmez mes justes alarmes, il ne me reste qu'à mourir. De grace , veuillez m'instruire du lieu où vous vous rendez, de ce que vous faites et de ce que vous devenez.
Sachez donc que pendant mon absence je deviens loup-garou ; j'entre dans la grande forêt, et vais me cacher dans le plus épais du bois [...]. - Mais , bon ami, veuillez me dire si vous vous dépouillez de vos habits, ou bien si vous les gardez ? - Madame , je vais tout nu. - De grâce, enseignez-moi où vous déposez vos vêtements. — Cela m'est impossible, car non-seulement si je venois à les perdre, mais encore à être aperçu, quand je les quitte, je resterois loup-garou toute la vie, et je ne pourrois reprendre ma forme ordinaire qu'à l'instant où ils me seroient rendus;
Sire, [...] La confiance naît de l'amitié , et vous me feriez croire que je ne possède ni l'une ni l'autre chez mon époux; je vous le demande, ai-je rien fait pour cesser de les mériter? dites-le-moi, je vous prie. [...]. — Dans la forêt [...] sous un buisson se trouve une grande pierre creuse où je cache mes habits jusqu'au moment où je dois les reprendre pour revenir à la maison. La femme fut tellement effrayée de la révélation de son mari, qu'elle pensa dès lors aux moyens de le quitter, et ne voulut plus coucher avec lui.
Dans le voisinage étoit un chevalier qui lui avoit long-temps fait la cour; elle ne lui âvoit jamais rien accordé, pas même une promesse. Par un message la dame l'engagea à revenir auprès d'elle. [...], bel ami, [...] je vous offre aujourd'hui tout ce que vous m'avez demandé, je vous donne mon cœur, mon amour, et faites de moi votre amie. Le chevalier charmé d'apprendre une nouvelle aussi agréable, remercie la dame. Ils promettent par serment de s'aimer toujours. Dès que l'intimité fut établie, la dame instruisit son amant de tout ce que faisoit son mari ; elle lui enjoignit d'aller prendre ses vêtements dans l'endroit où ils étoient déposés. Ainsi le Bisclavaret fut trahi par sa femme, qui le rendit bien malheureux , puisqu'on ignoroit entièrement l'époque où il reparoîtroit.
Marie de France (1990). Lais de Marie de France, Paris: Le Livre de Poche
A) Soulignez deux connecteurs textuels dans les deux premiers paragraphes: :
B) Trouvez un synonyme des mots ‘brave’,’ "favori’ et ‘épousé’.
C) Trouvez un antonyme des adjectifs ‘gai’ et ‘joyeux’.
D) Transformez les formes verbales du deuxième paragraphe du français archaïque à la forme actuelle.
E) Traduisez le premier paragraphe au catalan/ al español (a la lengua de recepción):